Commémorations 2026
19/09/2026
Commémorations des batailles du 22 août 1914 en présence de nos amis des Troupes de Marine.
Nous sommes à ce moment de l’année où les levers du soleil sont parmi les plus beaux, ce grand astre qui accompagne notre chemin, semble tous les matins sortir du ventre de la terre, et l’illuminer lentement avant, de la réchauffer un peu, après l’avoir chauffée beaucoup cet été. Le ciel s’éveille et la brume s’allume çà et là pour diffuser en douceur cette lumière de l’aube qui annonce la journée. L’ambiance est un peu feutrée au début, et l’homme qui se lève tôt, peut en partager la profondeur spirituelle, le cœur gonflé par l’émotion du beau, du majestueux .
Les arbres s’allument les uns après les autres, se coiffent de lumière et les variations colorées habillent le décor, accompagnées du gazouillis des oiseaux. Les nuages, touchés par les rayons, jalonnent le ciel comme pour baliser un chemin vers une paix accessible.
Cette ambiance de sérénité, de calme, cette renaissance perpétuelle donne l’espoir quotidien d’un renouveau, d’un nouveau début, d’un effacement de l’ardoise de la veille et un souffle nouveau donne aux créateurs l’envie de construire, de bâtir des projets, de renouer des liens, d’encourager des convictions, de dissiper des hésitations, de se lever pour vivre debout !
Comment imaginer une telle perception, un tel moment de plénitude sur un champ de bataille au lendemain des combats sanglants, comment s’élever dans l’espoir, comment partager cet élan de renouveau sur un sol rougi de sang, sur des lambeaux de chairs ou d’uniformes, comment absoudre cette atrocité du spectacle de jeunes vies déchirées, décimées, cueillies au moment de l’espoir d’un retour rapide à la maison ? Avec en tête l’image d’une belle amoureuse, le souvenir des cris de l’enfant arrivé peu avant le départ, de l’appel des parents pour un coup de main dans les champs, dans le magasin, dans la vie tout simplement.
Comment ne pas ressentir, dans ces cimetières si calmes et apaisés, que nous avons parcourus, l’émotion terrible de l’horreur du constat de cette capacité à se battre, à se détruire, à faire mal. Comment ne pas, à travers le temps, ressentir une forme de lassitude, de découragement, lors du récit de ces combats dont nous avons l’écho au quotidien , pas si loin de chez nous. Partout en réalité.
Que la vie de l’homme lui ait été donnée ou qu’elle soit le fruit d’un concours merveilleux de circonstances, quelle aberration, quelle folie que de ne pas la respecter, quelle honte de ne pas avoir l’intelligence de la protéger coûte que coûte et d’aider chacun à faire son chemin.
Tous les désespoirs sont permis, et un observateur extérieur attentif à la vie de notre planète, pourrait se dire que c’est une erreur, qu’il faut recommencer l’épure , qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans cette petite boule bleue qui avait tout pour être un paradis : la terre fertile, la lumière et l’eau, l’oxygène et la photosynthèse, le rythme des nuits et des jours, la beauté, la nourriture qui pourrait être abondante pour tous, la connaissance , l’intelligence, la créativité à portée de main et d’âme.
Quel spectacle affligeant que celui de fabrication ininterrompue de bombes et d’armes, de drones tueurs aujourd’hui, de robots assassins demain. Quelle imbécilité de se croire supérieur aux autres dans sa religion au nom d’un dieu dont on invente les volontés et les ordres, quelle imbécilité que cette folie de conquête du territoire voisin.
Mais tout cela est une réalité dont il faut canaliser les relents nauséabonds, ici hier, ailleurs aujourd’hui il faut résister et s’armer pour se défendre.
Puisse l’Europe, qui nous a pacifié jusqu’à aujourd’hui, garder ses valeurs initiales, sa dignité, sa force et finalement simplement son intelligence. Puisse-t-elle rester le phare qui guide le chemin parmi tous ces fous qui malmènent le monde.
Dans ce combat qui nous attend, pour la vie, pour l’avenir ,il faut pouvoir compter sur soi ,mais surtout sur ses amis.
Vous êtes nos amis. Vous l’étiez hier, vous l’avez payé de votre sang, vous l’êtes aujourd’hui, vous le serez demain. Même si nous voudrions vivre en paix, même si nous voudrions n’avoir besoin de vous que pour le plaisir de partager des moments d’amitié, notre solidarité doit malgré tout être combattive, défensive, pour protéger nos valeurs communes, pour que nos enfants s’épanouissent et poursuivent les recherches pour guérir les maladies, pour soulager les douleurs pour donner à manger à tous, pour parcourir l’univers demain.
Soyez donc remerciés, chers amis, d’être vous ici, de l’avoir été et de l’être demain.